Abus dans le commerce de gros de la restauration par la filiale de Coop Transgourmet ? MÉS demande à la Comco de procéder à un examen
Refus de livraison, hausse des prix, dépendance croissante des établissements vis-à-vis d’un seul grossiste dominant et possible abus du pouvoir de négociation qui en résulte vis-à-vis des acheteurs et des fournisseurs : Des observateurs du marché comme l’association Marchés Équitables Suisse (MÉS) avaient mis en garde contre ces effets négatifs lorsque la Commission de la concurrence (COMCO) avait autorisé l’année précédente le rachat de Saviva AG par la filiale de Coop Transgourmet Schweiz AG. Aujourd’hui, des rapports d’expérience et des données parvenus à MÉS prouvent que les conséquences de cette décision sont bien réelles : Ces conséquences se sont produites.
C’est pourquoi l’association a déposé aujourd’hui une requête auprès de la Commission de la concurrence (Comco) en lui demandant d’examiner la position de Transgourmet sur le marché, l’évolution des prix et des conditions de livraison ainsi que d’éventuels accords restreignant la concurrence ou un abus relevant du droit des cartels.
MÉS : évaluation des données des entreprises concernées
Après le rachat de Saviva AG par Transgourmet Schweiz AG, filiale de Coop, la concentration du marché s’est encore accrue dans le commerce de gros de la restauration en Suisse. Dans plusieurs régions, les entreprises de restauration n’ont de fait aucune possibilité effective de se tourner vers un grossiste alternatif proposant un assortiment complet et disposant d’une logistique et d’une capacité de livraison comparables. Pour des raisons de temps et d’économie, il n’est souvent pas rentable et logistiquement inacceptable, en particulier pour les établissements situés dans les régions de montagne et les régions périphériques, d’aller chercher soi-même ses produits dans des magasins de vente à emporter.
Une analyse récente de données anonymisées montre que Transgourmet, filiale de Coop, a nettement augmenté ses prix entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026. Sur l’ensemble de l’assortiment acheté par un établissement de restauration, l’augmentation moyenne des prix a été de 4,7% et pour les produits clés à fort chiffre d’affaires, la majoration a été de 1,7% (1). De plus, les établissements sont soumis à des conditions de livraison plus strictes. Ainsi, une valeur de commande minimale de 700 CHF par semaine s’applique ; si cette valeur n’est pas atteinte, des frais de déplacement de 50 CHF sont prélevés, ce qui correspond à une majoration de plus de 7 pour cent ayant un impact sur les prix. Cette combinaison de durcissement des prix et des conditions touche particulièrement les petites et moyennes entreprises de restauration.
En outre, les indications d’un refus de livraison de fait sont particulièrement graves : un établissement d’une région de montagne rapporte que Transgourmet a cessé de le livrer sans préavis et l’a renvoyé à des marchés de vente à emporter si son chiffre d’affaires annuel minimal fixé unilatéralement n’était pas atteint. L’accès à la livraison est ainsi de facto lié à un chiffre d’affaires annuel minimum. Pour les entreprises situées dans des régions périphériques et de montagne, cela revient de fait à les exclure de l’approvisionnement.
Les petites et moyennes entreprises de restauration particulièrement touchées
Du point de vue de Marchés Équitables Suisse (MÉS), les indices d’une position dominante de Transgourmet sur le marché et d’un éventuel abus de cette position par des prix et des conditions commerciales inappropriés se multiplient donc. «C’est la première fois que l’on dispose de chiffres fiables provenant d’entreprises sur les effets négatifs», souligne le président de MÉS, Stefan Flückiger. «Les chiffres disponibles sont représentatifs d’environ 40% des entreprises de restauration qui présentent un chiffre d’affaires annuel égal ou inférieur. Les effets négatifs pour l’ensemble du secteur sont donc énormes».
MÉS demande à la Commission de la concurrence d’examiner à nouveau de manière approfondie la position de Transgourmet sur le marché du commerce de gros de la restauration et d’analyser systématiquement l’évolution des prix et des conditions depuis le rachat.
(1) Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), le renchérissement annuel moyen s’élevait à 0,2 pour cent en 2025.
Explications de la demande de Marchés Équitables Suisse à la Comco
Structure du marché dans le commerce de gros de la restauration en Suisse
La reprise de Saviva AG par Transgourmet a entraîné une concentration considérable du marché dans le commerce de gros de la restauration à emporter et à livrer en Suisse. Selon les experts de la restauration, Transgourmet devrait détenir une part de marché de plus de 40 % après la fusion. Dans plusieurs régions, les entreprises de restauration n’ont de fait plus qu’un seul grossiste proposant un assortiment complet, avec une logistique et une capacité de livraison couvrant l’ensemble du territoire. Pour de nombreux établissements, il n’est pas réaliste de se tourner complètement vers des fournisseurs alternatifs en raison de l’assortiment, de la disponibilité et de la couverture régionale.
Du point de vue de Marchés Équitables Suisse, cette structure de marché entraîne une dépendance structurelle de nombreuses entreprises de restauration vis-à-vis d’un seul fournisseur.
Evolution des prix et des conditions chez Transgourmet
Une évaluation actuelle de données anonymes sur les prix et les conditions dans le secteur de la restauration montre des changements significatifs entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026 :
- Tous les produits : Augmentation des prix de +4,7 % (selon l’OFS, le renchérissement annuel moyen était de 0,2 % en 2025).
- Produits phares à fort chiffre d’affaires (représentent 2/3 des achats de Transgourmet pour l’entreprise étudiée) : Augmentation des prix de +1,7 %.
De plus, les conditions de livraison font augmenter les prix : en dessous d’une valeur de commande minimale de 700 CHF, des frais de déplacement de 50 CHF sont facturés. Par rapport à la valeur minimale de commande, cela correspond à un supplément ayant un impact sur le prix d’environ 7,14 % et augmente encore la charge effective des acheteurs. Les augmentations de prix observées sont nettement supérieures à l’évolution générale des coûts dans la restauration et ne s’expliquent, du point de vue des établissements concernés, ni par des facteurs de coûts compréhensibles ni par une modification de la demande du marché.
Conséquences pour les petites et moyennes entreprises de restauration
Les petites et moyennes entreprises de restauration sont particulièrement touchées. Environ 40 % des membres de GastroSuisse réalisent un chiffre d’affaires égal ou inférieur à celui de l’établissement anonymisé dont les données ont été évaluées. Pour une grande partie de ces établissements, les quantités minimales de commande exigées sont difficilement réalisables sur le plan économique.
Exemple de l’entreprise de restauration anonymisée :
- Chiffre d’affaires annuel : env. CHF 500’000
- Coûts annuels des matières premières : env. CHF 150’000
- Achat auprès de Transgourmet : env. CHF 65’000 (env. 43 %)
- Achats auprès de fournisseurs régionaux de produits frais : env. 85’000 CHF.
L’entreprise est donc structurellement dépendante de Transgourmet, même si elle ne l’est pas entièrement. Un passage à un grossiste alternatif proposant un assortiment complet n’est pas possible dans les faits.
Classification selon le droit de la concurrence
Du point de vue de Marchés Équitables Suisse, les indices s’accumulent pour montrer que Transgourmet dispose dans certaines régions d’un pouvoir de marché au moins relatif au sens de l’art. 4 al. 2bis LCart. Parallèlement, il existe des indices d’un abus de ce pouvoir de marché au sens de l’article 7 LCart. En outre, il existe des indices selon lesquels des comportements coordonnés entre les principaux fournisseurs pourraient jouer un rôle sur le marché suisse de la restauration en gros, fortement concentré (art. 4 en relation avec l’art. 5 LCart).
Concrètement, il existe des indices pour les comportements suivants :
- Discrimination de partenaires commerciaux en matière de prix et de conditions commerciales (art. 7, al. 2, let. b LCart), dans la mesure où des entreprises comparables sont soumises à des structures de prix et de conditions différentes sans justification objective.
- Imposition de prix et de conditions commerciales inappropriés (art. 7, al. 2, let. c, LCart), car les entreprises concernées sont de fait contraintes d’accepter des augmentations de prix répétées et des conditions de livraison plus strictes en raison de l’absence de solutions de rechange.
- Lier les conditions de livraison à des quantités minimales (article 7, paragraphe 2, point f) de la LCart), ce qui permet de lier l’accès aux conditions régulières à des valeurs de commande minimales ou à des achats d’assortiments complets.
- Possibilité d’accords ou de pratiques concertées restreignant la concurrence (art. 4 en relation avec l’art. 5, al. 1, LCart), car plusieurs grossistes appliquent des exigences de chiffre d’affaires minimal et des conditions de livraison comparables.
Demande à la Commission de la concurrence
- Marchés Équitables Suisse demande à la Commission de la concurrence,
- d’examiner à nouveau et de manière approfondie la position de Transgourmet Schweiz AG sur le marché du commerce de gros de la restauration,
- d’analyser systématiquement l’évolution des prix et des conditions depuis le rachat de Saviva SA et
- de déterminer si une procédure pour abus de position dominante au sens de l’art. 7 LCart est indiquée,
- d’examiner s’il existe entre Transgourmet Schweiz AG et Pistor AG une coordination interdite de prix ou de conditions de livraison ou d’autres pratiques concertées au sens de l’article 4 en relation avec l’article 5, paragraphe 1, de la LCart.



